Mercredi 28 décembre 2011 3 28 /12 /Déc /2011 10:59

 

 

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LE PLUS. Eurêka ! Le gouvernement a trouvé la solution miracle à la crise de l'emploi et aux 4 millions de personnes qui recherchent un travail. Il fallait y penser : le chômage partiel. Pas si miraculeuse que ça pour Amélie Bruder, qui vous explique en quoi la proposition du gouvernement est une fausse bonne idée.

 

Amélie Bruder

> Par Amélie Bruder Ex-Avocate

Edité par Céline Hussonnois Alaya   Auteur parrainé par Yannick Comenge

 

 

 

Face à l’augmentation récente des chiffres du chômage, Xavier Bertrand lance l’idée de développer un chômage partiel pour lutter contre ledit chômage. 

 

Selon lui, cette solution est la solution miracle pour contenir les effets de la crise et il s’agirait, à l’instar de l’Allemagne, de continuer à réformer le marché du travail sur le fond, car si l’Allemagne voit son chômage reculer, ce serait parce qu’elle a mis en œuvre ses réformes depuis plus longtemps que nous…. Ces solutions pour réduire le chômage me laissent personnellement dubitative pour plusieurs raisons.

 

Xavier Bertrand rencontre des agents de Pôle Emploi à Reims le 27 décembre 2011 AFP/FRANCOIS NASCIMBENI

Xavier Bertrand rencontre des agents de Pôle Emploi à Reims, le 27 décembre 2011 (F. NASCIMBENI/AFP)

 

Trouver les vraies réponses à la crise sociale

 

Tout d’abord, à très court terme, il convient de rappeler les propos de Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, qui précise fort justement que la mise en place du chômage partiel nécessite que l’on mette de l’argent sur la table. Or, nous sommes en pleine politique d’austérité.

 

Mais surtout, ces solutions, à terme, n’apportent pas de vraies réponses à la crise sociale actuelle. En effet, celle-ci s’est bien installée en raison du néo-libéralisme qu’ont choisi les pays développés depuis quelques années, et non en raison de la crise financière et de celle qui lui a succédé. Autrement dit, la crise sociale est bien structurelle et non conjoncturelle.

 

Ceci s’explique de plusieurs façons, comme le souligne Jean-Marie Harribey, économiste, maître de conférences à l'université Bordeaux 4 et ex-président d'Attac, à l’occasion de son interview dans le "Nouvel Observateur".

 

Tout d’abord, parce que le choix en faveur du néo-libéralisme qui a été fait favorise clairement le déplacement des richesses en faveur des actionnaires et détenteurs de patrimoine, au détriment des populations qui gagnent leur vie au seul moyen de leur travail. Ceci a été rendu possible par le mode de financement des entreprises que l’on a imposé : en laissant les investisseurs financer ces dernières fautes d’un financement via l’emprunt bancaire, on a laissé ces mêmes investisseurs dicter leur loi dans la gouvernance des entreprises, notamment en alignant leurs intérêts sur ceux de leur dirigeants, dans le but de réaliser des profits à courts termes qui nécessitent une réduction des coûts, dont font parti ceux du travail.

 

Par ailleurs, les politiques fiscales appliquées, qui consistent à ne pas appliquer le principe de proportionnalité de l’impôt grâce à l’existence des niches fiscales en faveur des plus favorisés (qu’ils soient entreprises ou particuliers), revient à ponctionner peu de ressources sur une majorité qui est très appauvrie, tandis que les plus favorisés peuvent continuer leur seule politique d’investissement qui ne contribue pas à enrichir les pays. Pendant ce temps, l’économie ne peut être relancée par la demande puisque les plus modestes, soit la grande majorité, n’ont plus les moyens de consommer.

 

En conséquence, et comme le dit toujours fort justement Jean-Marie Harribey, la situation économique et surtout celle de l’emploi ne pourra s’améliorer si on continue dans cette voie, et la seule mesure du chômage partiel ou d’une prétendue réforme de notre marché du travail sont bien peu convaincantes. D’ailleurs, qu’entend exactement Monsieur Bertrand par cette réforme ? Est-ce qu’il souhaite une nouvelle régression du droit du travail et davantage de flexibilité qui ne feront qu’aggraver la situation économique sus-décrite ?

 

Aider ses diplômés et ses PME

 

Monsieur Bertrand cite l’Allemagne en exemple et cette seule mesure, mais il oublie de dire que dans ce pays, les jeunes diplômés y ont toute leur place, de même que les PME, et l’union de ces acteurs ont permis à l’Allemagne d’innover et de développer des créneaux à forte valeur ajoutée.

 

Au contraire, en France, on a préféré dénigrer et ne pas intégrer sur le marché ceux qui étaient capables d’innover parce qu’ils étaient trop chers en raison de leur diplôme. On a ainsi préféré concurrencer les pays à bas coût avec la mise en avant d’un savoir-faire aujourd’hui copié par ces mêmes pays. On ne pouvait donc que perdre à ce petit jeu là.

 

Par ailleurs, la France n’a jamais mis en place quelque dispositif que ce soit pour aider ses PME pourtant à même de créer l’emploi durable. On a préféré les taxer davantage et ne pas les aider à se financer quand l’emprunt bancaire leur était interdit parce que les banques ne finançaient plus l’économie réelle.

 

Au-delà de la question du chômage partiel, ce sont bien de ces questions qu’il convient de débattre lorsque le ministre parle de lutte contre le chômage au lieu de s’attarder sur des mesurettes qui restent dans la droite ligne de la politique appliquée depuis maintenant des années et qui ont les conséquences que l’on sait.

Par polo - Publié dans : Presse - Communauté : FO
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